8.13.2012

4.

Après ça, il a tourné les talons et a été rejoindre les autres. Je suis restée au milieu du couloir, sans vraiment comprendre ce qui se passait. Il ne comptait pas pour moi et pourtant j'étais triste, comme si je venais de perdre un ami. Soo parti à l'hôtel avec le garçon en riant. Je fis de même un quart d'heure plus tard mais au lieu de les retrouver j'ai été directement dans notre suite pour préparer les bagages.

Le trajet du retour se fit dans le silence le plus complet car elle dormait après sa folle soirée. Je n'avais pas recroisé Liam. Il verra que je suis une personne de confiance, je respecte toujours mes engagements.

Après avoir déposé Soo dans son palais, je suis retournée chez moi afin de me préparer. Dans moins de 3 heures je commence les partiels de fin de semestre et je n'ai pas beaucoup révisé. Mais n'allez pas croire que je regrette quoi que ce soit. J'ai rendu une amie heureuse, c'est tout ce qui compte au final.

La semaine de partiels s'est déroulée dans le calme le plus complet. J'ai comme l'impression que Soo me fait la tête car elle n'est pas souvent connectée sur MSN, ne répond ni à mes SMS ni à mes appels. Quand elle le fait, très rarement, c'est un ton très froid et sec qu'elle emploie. Me reprocherait-elle quelque chose ? Qu'ai-je fait pour mériter une telle sanction ? Je ne me suis jamais sentie aussi seule. Mes amies à la fac ne faisaient plus attention à personne à cause des examens, étrangement durs comparé au reste de nos années d'études. Quant à mon frère, il était parti chez mon père alors je n'avais aucune envie de me risquer à le contacter et tomber sur mon père.
J'ai plusieurs fois été tentée de contacter Liam, par Twitter, facebook ou même par téléphone mais à chaque fois une petite voix dans ma tête me disait que ce n'était pas une bonne idée, qu'il ne me pardonnerait jamais. Comment ai-je pu lui dire qu'il n'était pas un ami pour moi alors qu'il me manquait tellement ? Je suis parfois plus bête que ma blondeur le laisse penser.

Me voilà stupidement plantée devant mon ordinateur, attendant fébrilement que soient mis en lignes les résultats. Cela fait maintenant un mois que je vis en ermite, n'ayant plus de contacts avec personne. C'est étrange que personne n'ait encore fait de fête pour célébrer un anniversaire ou la fin des cours. A moins que la douleur qui me traverse le cœur ne me rende indésirable. Mon fil d'actualité facebook ne laisse apparaître que des photos des garçons. Il n'y a plus que ça dans l'esprit de mes amis. Même Soo, d'habitude modérée dans ses passions semble complètement atteinte. Les larmes montent quand je le vois afficher un grand sourire en me regardant, comme s'il était heureux de mon malheur. Allons qu'est-ce que je vais m'imaginer ? Comme s'il avait encore quelque chose à faire de moi ! Il me semble l'avoir vu il n'y a pas longtemps sur une photo en compagnie d'une jeune fille bien plus mince et plus bronzée que moi.

Encore quelques heures et je saurais si je suis reçue ou pas. Quelques heures et je pourrais dire adieu à ma vie d'avant, faite d'alcool et de popularité. Je dirais aussi à adieu à ma vie actuelle remplie de remords quand à mon attitude passée et à mes actes. Je dirais aussi adieu à Soo, bien que j’aie toujours pensé que nous serions toujours amies. Je n'ai rien contre elle et son silence doit très certainement être lié à la soirée que nous avons passée en Angleterre. Elle doit me reprocher de ne pas avoir suffisamment passé de temps avec Niall, bien que ça ne lui ressemble pas. Ce n'est pourtant pas pour ça que je dois me séparer d'elle, bien au contraire. En lui parlant je sais que nous aurions surmonté notre différent mais je ne souhaitais pas que cela arrive. Je vais partir en mission humanitaire dans moins d'une semaine si j'ai mon diplôme et elle a toujours été contre cette idée. Elle ne m'a jamais donné d'explications exactes mais parfois elle joue le rôle de mère avec moi, une mère qui refuserait que sa fille parte dans un pays en guerre car elle craint pour sa vie. Mais depuis que j'ai changé ça a toujours été mon objectif, comme le moyen ultime de me racheter aux yeux du monde. Car oui c'est aussi pour me racheter que je pars, pour définitivement oublier.
Voilà le mail de l'université. Je suis reçue ! J'ai ma licence ! Après m'être ruée sur le téléphone je me suis arrêtée. Pour appeler qui ? Mon père ne veut plus avoir de nouvelles de moi. Mon frère doit être sur son skate à l'heure qu'il est. Ma mère critiquerait mon choix, elle qui voulait que je suis avocate comme elle. Soo arriverait certainement à me faire changer d'avis quant à la mission car je sens la peur me nouer l'estomac. Non je ne dois appeler personne, juste mettre un petit statut sur facebook. Le dernier.

"Diplôme en poche, valises bouclées, départ vers une nouvelle vie !"

Quand on attend quelque chose avec impatience je trouve que le temps passe moins vite. Beaucoup moins vite même ! Je n'avais que trois jours à tenir entre les résultats et mon départ. Trois petits jours pour régler la question du courrier avec ma voisine, mettre mes affaires à la cave et voir une dernière fois Paris. Je suis maintenant à l’aéroport, en face du terminal et de l'avion qui me mènera à Kandi. Ce n'est pas la porte à côté mais il faut ce qu'il faut ! Mon directeur de mission m'a déjà donné toutes les informations et on m'attend à l'arrivée. Je suis mieux encadrée qu'à la fac ! Cette pensée me fit sourire mais il s’effaça aussitôt quand l'image de mon frère me vint à l'esprit. Je ne lui aie pas dit que je partais. Il aurait été capable de me suivre jusque là-bas en laissant tout derrière lui et je refuse cette idée. Je donnerais n'importe quoi pour pouvoir le serrer à nouveau dans mes bras, lui dire combien je l'aime, que c'est ma seule famille, qu'il me manquera. Une larme coula sur ma joue. Non je ne dois pas me remettre à pleurer ici ! Je sens mon portable vibrer. Au même moment une voix nous informe que nous pouvons commencer à monter dans l'avion. Curieuse, je regarde qui m'appelle. "Soo". Par réflexe j'appuie sur "répondre" avant de me rendre compte que ma gorge est nouée et que je ne peux pas prononcer le moindre son. Je l'entends crier mon nom, la voix brisée par les larmes, me supplier de ne pas monter dans l'avion, usant de toutes les ruses qu'elle sait efficaces sur moi. Toujours aucun mot ne sort et elle n'aura pour seule réponse que l'inlassable "Les passagers du vol 735 en direction de Kandi aéroport sont prié de se présenter au guichet d'embarquement. Je répète ..." Comme un automate j'ai coupé la communication, éteint mon téléphone et me suis présentée pour l'embarquement. Une fois assise de nombreuses questions sur mon choix, mon avenir, ma famille me sont venues à l'esprit. En fermant les yeux pour les chasser de ma tête le visage narquois de Liam est apparu. J'ai alors su que je devais partir, que je n'avais plus ma place ici. À peine ma ceinture était-elle attachée que mes paupières devinrent lourdes et j'endormis.

Je fus réveillée par une lumière vive traversant le hublot. Le soleil de Kandi m'aveuglais tellement que même à l'intérieur de l'avion j'ai dû mettre mes lunettes de soleil. Nous venions tout juste d'atterrir, ce qui me laissa penser que j'ai dormi tout le long du voyage.
A peine descendue je senti la chaleur embraser ma peau laiteuse. Je sens que je vais avoir des coups de soleil pendant ces deux ans ! Une personne de la mission m'attendait avec mes bagages à ses pieds.

- Bonjour mademoiselle Elwing. Bienvenue à Kandi ! Je me présente : Ania. Le directeur du centre m'a demandé de vous servir de guide pour vous présenter la ville et nos locaux ainsi que votre appartement. Suivez-moi !

Avant même que j'ai eu le temps de répondre quoi que ce soit elle était déjà partie en direction de la sortie. Une fois dehors, le soleil m'aveugla de nouveau, malgré mes lunettes de soleil. J'avais beau avoir fait des recherches sur le pays avant de venir, tout me semblait étranger. Ania me fit monter dans une vieille Jeep couleur sable qui démarra au deuxième essai. On aurait dit un film car je me distinguais très nettement du reste des personnes par ma tenue, ma coiffure et la blancheur cadavérique de ma peau. Les grandes avenues de la ville finirent par laisser place à de petites rues poussiéreuses et je pus voir combien ce pays était différent du mien. Des quartiers entiers étaient détruits, bombardés ou mitraillés. Parfois, sur des murs encore debout dans les ruines, on pouvait distinguer des taches rougeâtres. Des gens rassemblaient le peu qu'il leur restait dans les décombres de ce qui fut leur maison et prenaient la route loin de combats. Ania garda le silence, comme gênée de l'image que renvoyaient ces amas de pierres et de souffrance. Elle ne me reparla qu'après m'avoir fait traverser le désert sur un chemin de terre et de poussière pendant plus d'une demi-heure.

- Voilà le centre.

Le centre était un ancien bâtiment militaire partiellement détruit lors des affrontements, placé à quelques pas d'un petit village qui semblait avoir été épargné par la guerre. De petites maisons terre s'entassaient de façon désorganisée autour d'une petite place où se trouvait un puit. Elle arrêta la Jeep devant un long bâtiment rouge, plus haut que le reste des habitations.

- Et voilà où vous logerez.

Elle me fit monter au deuxième étage par des escaliers métalliques extérieurs.

- Il n'y a pas d'escaliers à l'intérieur. Ils ont été détruits pendant l'assaut.

Au bout du long couloir, elle s'arrêta devant une porte jaunie qui avait dû être blanche un jour, l'ouvrit et posa les sacs qu'elle avait porté.

- Votre appartement. Ça doit vous changer de Paris mais c'est tout ce que nous proposons.
- C'est parfait ne vous en faites pas. Merci beaucoup Ania.
- De rien Mademoiselle Elwing.

Elle partit rapidement, m'abandonnant à la contemplation de ma nouvelle demeure. L'appartement n'était pas grand mais il était très lumineux et la fenêtre laissait voir l'immense étendue de sable roux. Heureusement que j'avais pensé à prendre mon appareil photo !
Le déballage de mes affaires ne dura pas plus d'une heure car je n'avais pris que ce que je savais nécessaire. Toutes mes tenues de soirée ou mes chaussures attendaient sagement dans ma cave que je rentre.

- Si jamais je rentre, laissais-je sortir en me regardant tristement dans le petit miroir de la salle de bain.

Après avoir refermé la porte de mon nouveau petit cocon, redescendu l'escalier métallique, un homme vint à ma rencontre.

- Bonjour Elwing !

Devant mon air interrogateur, il ajouta :

- Oh je ne me suis pas présenté ! Je suis Konan, le directeur du centre et votre responsable de mission;
- Désolée je ne vous avais pas reconnu.
- Vous avez l'air plutôt en forme. Le voyage ne vous a pas trop dérangée ?
- Pas du tout. A vrai dire je ne l'ai pas vu passer j'ai dormi tout du long.
- Parfait ! Vous pouvez donc commencer dès aujourd'hui !

Il partit en direction de l'ancien bâtiment militaire, où étaient installés les locaux. En franchissant la porte, un frisson me parcouru le dos.

"C'est fini, pensais-je. Tout ce que tu as été est maintenant derrière toi. Plus de retour en arrière possible."

En fermant les yeux je vis le visage de mon frère, de mes parents, de Soo et de Liam.

- Adieu, soufflais-je avant de m'enfoncer dans le hall étrangement sombre.

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